Journaliste sportive seule à son bureau dans salle vide

Rédactions sportives : les 17 % de femmes qui fissurent le discours d’égalité

17 %. Le chiffre est sec, mais il raconte un plafond qui bouge à peine dans les rédactions sportives françaises. En 2025, les femmes y représentent en moyenne cette part-là.

Alors même que, dans l’ensemble de la profession journalistique, près d’une personne sur deux est une femme.

Le décalage reste brutal. Le sport manque de mixité. Il continue, par endroits, de fonctionner comme un entre-soi masculin installé.

C’est ce que signale le dernier rapport porté par Femmes journalistes de sport. Avec Sandy Montañola, chercheuse rattachée à l’université de Rennes et au laboratoire CNRS Arènes.

17 % en 2025, 15 % en 2022 : trois ans plus tard, la porte s’ouvre à peine

L’étude intervient trois ans après un premier état des lieux réalisé en 2022. Elle porte sur 65 rédactions sportives françaises. Et ce qu’elle dessine n’a rien d’une bascule : on passe de 15 % de femmes en 2022 à 17 % en 2025.

Deux points en trois ans, c’est trop peu pour parler d’un rattrapage. Le blocage est toujours là. Il tient encore, au quotidien, dans les recrutements, les habitudes de service et la façon dont ce secteur se pense lui-même.

L’association emploie une formule très dure, celle d’un « âge de pierre » de l’intégration des femmes dans ces rédactions. Le mot peut heurter. Mais quand un milieu reste très loin de la parité générale de la profession, il cesse d’être un simple retard statistique.

Que dit l’écart avec l’ensemble du journalisme ?

Il dit d’abord qu’il ne s’agit pas d’un manque général de femmes journalistes. Puisque, dans l’ensemble du métier, près d’une personne sur deux est une femme, le problème est plus ciblé. Vous êtes face à un tri.

Et ce tri compte. Une rédaction sportive qui reste massivement masculine produit aussi des équipes déséquilibrées. Elle risque aussi de reconduire les mêmes angles, les mêmes réseaux, les mêmes codes de légitimité.

Là, la question n’est plus symbolique. Elle devient éditoriale.

24,6 % des rédactions sans aucune femme : le mot “mixité” devient alors bien généreux

Le chiffre le plus rude est peut-être celui-là : 24,6 % des rédactions sportives ne comptent aucune femme dans leurs effectifs. Pas peu. Aucune.

Dans près d’un quart des structures observées, la présence féminine est absente. On parle donc d’un plafond. Mais aussi de portes qui restent fermées d’emblée dans certaines rédactions.

Le chapô associé à ce constat parlait d’ailleurs de rédactions qui restent “exclusivement masculines”. Le terme est juste. Il rappelle qu’un secteur peut afficher des discours d’ouverture.

Tout en gardant, dans ses équipes, une composition d’un autre temps.

Cette absence pèse au-delà des personnes concernées. Si vous entrez dans un métier où des rédactions entières fonctionnent sans femmes, le message implicite est limpide. Votre place reste discutée avant même votre travail.

10 femmes sur 150 journalistes accrédités pour la Coupe du monde masculine 2026 : la vitrine confirme le retard

Les grands événements ont souvent la cruauté des révélateurs. Pour la Coupe du monde masculine 2026 en Amérique du Nord, 10 femmes figurent parmi les 150 journalistes français accrédités. Cela représente environ 6,7 %.

Le contraste avec les 17 % mesurés dans les rédactions saute aux yeux. Les missions les plus visibles corrigent encore moins le tir. La vitrine paraît encore plus fermée que l’arrière-boutique.

Et la presse écrite va plus loin dans ce déséquilibre. Pour couvrir cet événement, il y aurait 2 femmes pour 80 hommes envoyés sur place, soit 2,5 %. Là, on ne parle plus d’un angle mort.

On parle d’une éviction massive des postes de visibilité.

Pourquoi ce chiffre pèse plus lourd qu’un simple tableau d’effectifs ?

Parce qu’une accréditation sur un tournoi de cette taille sert aussi à remplir une case dans un planning. Elle compte dans une carrière, dans la reconnaissance interne, dans l’accès aux réseaux, dans la signature des sujets qui pèsent. Les moments de prestige fabriquent aussi des hiérarchies durables.

Si les femmes restent quasi absentes de ces rendez-vous, elles restent aussi plus facilement à distance des positions qui décident ensuite qui couvre quoi. Qui gagne en visibilité et qui devient référence. Le cercle se referme vite.

30 % de femmes : l’objectif posé par l’association n’a rien d’extravagant

Face à ce tableau, l’association fixe un seuil : au moins 30 % de femmes dans les rédactions. Ce nombre n’a rien d’un cap maximal. Il ressemble plutôt à un minimum politique pour sortir d’une situation.

Où la présence féminine reste trop souvent décorative, ou trop rare pour peser vraiment.

Cet objectif paraît modeste au regard de la parité dans l’ensemble du journalisme. Et, Ce serait difficile de vous donner tort. Quand un milieu est à 17 %, demander 30 % revient déjà à réclamer une correction.

Pas une révolution.

Ce seuil a pourtant une force : il déplace le débat. Il ne s’agit plus seulement de constater une faiblesse ou d’aligner de bons principes. Il s’agit de fixer un niveau en dessous duquel la mixité ne peut plus être présentée comme acquise.

Le plus troublant n’est pas qu’un secteur reste en retard. Des milieux professionnels en connaissent d’autres. Le plus troublant, c’est qu’en 2025, après un premier état des lieux en 2022, certaines rédactions sportives restent sans femmes.

Et que la grande scène mondiale n’en montre presque pas davantage. Vous pouvez l’appeler inertie. Le mot juste, ici, ressemble plutôt à un refus de bouger assez vite.