Le harcèlement sexuel au travail est une réalité qui touche une part significative des salariées françaises. Selon une enquête de l’IFOP pour la Fondation Jean-Jaurès, 32 % des femmes actives déclarent avoir été victimes de harcèlement sexuel au sens juridique du terme au moins une fois dans leur carrière. Pourtant, seule une minorité d’entre elles osent le signaler ou porter plainte, en raison de la peur des représailles, du doute sur la qualification des faits et de la culture du silence encore présente dans de nombreuses entreprises.
Définition légale : ce que dit le Code du travail
En France, le harcèlement sexuel est défini par l’article 222-33 du Code pénal et repris dans le Code du travail (article L.1153-1). Il recouvre deux situations distinctes :
- Le harcèlement sexuel proprement dit : propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste répétés, portant atteinte à la dignité ou créant un environnement intimidant, hostile ou offensant
- L’assimilation au harcèlement sexuel : tout comportement unique mais grave — pression exercée pour obtenir un acte à caractère sexuel, même sans répétition
Les sanctions pénales peuvent aller jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende, portées à 3 ans et 45 000 euros en cas de circonstances aggravantes (abus d’autorité, vulnérabilité de la victime).
Ce que révèlent les chiffres
L’enquête IFOP détaille les formes de harcèlement les plus répandues dans le milieu professionnel :
- 34 % des femmes déclarent avoir subi des sifflements, propos obscènes ou blagues à caractère sexuel (19 % de façon répétée)
- 24 % ont subi des contacts physiques non désirés qualifiés de « légers » (effleurements, frôlements)
- 8 % ont reçu des propositions d’actes sexuels contre avantages professionnels (promotion, maintien dans l’emploi)
Les enquêtes de la DARES sur les conditions de travail montrent par ailleurs que les secteurs à dominance masculine (industrie, construction, transports) exposent davantage les femmes à des comportements hostiles à caractère sexiste.
Les obligations de l’employeur
Depuis la loi du 6 août 2012, tout employeur est tenu de prévenir le harcèlement sexuel et d’afficher dans ses locaux les dispositions pénales et les coordonnées des autorités compétentes. Les entreprises d’au moins 250 salariés doivent désigner un référent harcèlement sexuel au sein du CSE (Comité Social et Économique) et un référent RH.
En cas de signalement, l’employeur a l’obligation d’ouvrir une enquête interne et de prendre des mesures de protection pour la victime. Le refus d’agir ou les représailles contre la personne qui alerte constituent des fautes graves susceptibles d’engager la responsabilité civile et pénale de l’entreprise.
Que faire si vous êtes victime ?
Plusieurs recours existent pour les femmes victimes de harcèlement sexuel au travail :
- Signalement interne : référent harcèlement de l’entreprise, RH, représentants du personnel
- Médecin du travail : peut constater l’état de santé et orienter vers les ressources adaptées
- Défenseur des droits : traite les discriminations et harcèlements au travail (formulaire en ligne sur defenseurdesdroits.fr)
- Dépôt de plainte : commissariat, gendarmerie, ou courrier au procureur de la République
- Saisine du Conseil de Prud’hommes : pour obtenir la résiliation du contrat aux torts de l’employeur ou des dommages et intérêts
Le numéro national 3919 (Violences Femmes Info) oriente également les victimes vers des structures d’aide locales.
Chiffres du sous-signalement : un problème structurel
Selon le Défenseur des droits, la grande majorité des situations de harcèlement sexuel au travail ne font pas l’objet d’un signalement formel. Les craintes les plus fréquentes : ne pas être cru, perdre son emploi, détériorer l’ambiance de travail ou se voir reprocher d’avoir mal interprété les faits. Ce sous-signalement alimente un sentiment d’impunité et perpétue les comportements.
Article rédigé par Élise Marchand, journaliste spécialisée en droits des femmes.
