Marie-Amélie Le Fur est une athlète handisport française dont le parcours dépasse largement le cadre du sport de haut niveau. Triple championne paralympique, présidente du Comité Paralympique et Sportif Français, elle est devenue l’une des figures les plus visibles de l’inclusion par le sport en France.
Un accident, puis une reconstruction par le sport
Née en 1988 à Vendôme, Marie-Amélie Le Fur pratique l’athlétisme depuis l’âge de 6 ans. En 2004, à 15 ans, un grave accident de scooter entraîne l’amputation de sa jambe gauche sous le genou. Le projet de devenir sapeur-pompier professionnel disparaît d’un coup.
Quelques mois après l’opération, elle remarche. Puis elle renoue avec la course à pied. Elle contacte la Fédération Handisport et reprend l’entraînement avec une détermination qui va rapidement la propulser au sommet de sa discipline.
Quatre Jeux paralympiques, neuf médailles
Elle participe aux Jeux de Pékin en 2008, Londres en 2012, Rio en 2016, Tokyo en 2021. Au total, elle remporte neuf médailles paralympiques — trois en or, quatre en argent, deux en bronze — sur le sprint (100 m, 200 m, 400 m) et le saut en longueur en catégorie T44 (amputés des membres inférieurs).
Ses performances à Rio 2016 restent mémorables : deux médailles d’or en quelques jours, sur le 400 m et en saut en longueur. Elle détient des records du monde dans sa catégorie et s’impose comme l’une des grandes athlètes françaises de sa génération, handisport ou valide.
Présidente du Comité Paralympique et Sportif Français
En 2018, Marie-Amélie Le Fur est élue présidente du Comité Paralympique et Sportif Français (CPSF). Elle gère ainsi les équipes de France paralympiques, représente le mouvement handisport auprès des institutions et travaille à renforcer la visibilité des parasports dans la société française.
Sa présidence coïncide avec l’organisation des Jeux de Paris 2024, moment clé pour l’image du parasport en France. Elle multiplie les interventions publiques pour changer le regard sur le handicap et défendre l’accès au sport pour tous, quelle que soit la situation de chacun.
Une voix pour l’inclusion
Au-delà des médailles et des responsabilités institutionnelles, Marie-Amélie Le Fur est une oratrice engagée. Elle intervient dans des entreprises, des écoles, des événements publics pour parler de résilience, de dépassement de soi et d’inclusion.
Son message n’est pas celui du « sport malgré le handicap » : c’est celui d’une athlète qui a choisi de transformer une épreuve en élan, et qui estime que la société a tout à gagner à inclure vraiment — pas symboliquement — les personnes en situation de handicap dans ses espaces sportifs, professionnels et civiques.
Pour en savoir plus sur les femmes qui s’engagent dans des dynamiques de transformation sociale, la page consacrée au sport et fitness féminin offre des ressources utiles. Les questions d’égalité dans l’accès au sport rejoignent les enjeux plus larges des droits des femmes en France, où la représentation et la visibilité jouent un rôle central.
Écrire, témoigner, transmettre
En 2019, Marie-Amélie Le Fur publie Fais de ta vie un rêve, un livre qui raconte son parcours depuis l’accident jusqu’aux podiums internationaux. Ce témoignage n’est pas un récit de la souffrance surmontée : c’est une réflexion sur ce que l’on fait du deuil, sur la manière dont les contraintes peuvent devenir des ressources, sur le sens de l’engagement sportif quand on sait qu’on représente bien plus que soi.
Ce type de prise de parole publique contribue à changer la perception du handicap dans la société française. Il montre que les femmes en situation de handicap ne sont pas des victimes passives de leur histoire, mais des actrices à part entière — dans le sport, dans la gouvernance sportive, dans le débat public.
Marie-Amélie Le Fur incarne une conviction simple et tenace : le sport est un levier de dignité, et il appartient à tous.
Paris 2024 : un tournant pour le parasport français
Les Jeux Paralympiques de Paris en août et septembre 2024 ont constitué un moment charnière pour Marie-Amélie Le Fur. Présidente du CPSF depuis 2018, elle a porté pendant six ans le dossier de candidature puis la préparation des délégations françaises.
Les résultats ont suivi : la France a terminé huitième au tableau des médailles paralympiques avec 75 médailles dont 19 en or. C’est l’une des meilleures performances de l’histoire de la délégation française. Mais au-delà des chiffres, Paris 2024 a modifié le rapport du grand public aux parasports. Les compétitions ont affiché des affluences record et les retransmissions télévisées ont atteint des audiences inédites.
Marie-Amélie Le Fur avait insisté pour que les Jeux Paralympiques ne soient pas traités comme un appendice des Jeux Olympiques, mais comme un événement à part entière. Ce travail de longue haleine a produit ses effets : pour la première fois, un large public français a découvert l’escrime handisport, le para-cyclisme, le boccia — des disciplines jusqu’alors confidentielles.
Changer le regard sur le handicap : un projet de long terme
Marie-Amélie Le Fur a souvent décrit sa mission comme allant au-delà du sport de compétition. L’enjeu central, selon elle, est de modifier la façon dont la société française perçoit les personnes en situation de handicap — pas comme des individus à plaindre ou à admirer pour un courage hors norme, mais comme des citoyens aux droits égaux.
Cette conviction la conduit à intervenir dans des contextes variés : écoles, entreprises, conférences sur l’accessibilité et l’inclusion professionnelle. Elle rappelle régulièrement que le handicap concerne environ 12 millions de personnes en France, et que les obstacles rencontrés sont souvent plus organisationnels que physiques.
Son engagement pour une législation renforcée sur l’accessibilité, sa présence dans les débats sur l’emploi des personnes handicapées, et ses prises de position sur l’adaptation des infrastructures sportives illustrent une conception du militantisme qui ne se limite pas au stade ni au podium.